Le Chronographe, musée d’archéologie de Nantes Métropole situé à Rezé, présente en partenariat avec l’Inrap « Maternités, archéologie de la figure maternelle », un parcours de la maternité à la lumière des données scientifiques récentes, alors que le sujet est resté longtemps peu exploré par l’histoire et l’archéologie. À visiter jusqu’au 10 janvier 2027.
Ancrée au plus lointain par la figure de la « vénus » paléolithique et ses différentes lectures, l’exposition invite à questionner l’omniprésence de la figure maternelle dans les mythes fondateurs. Elle explore, en s’appuyant sur les indices matériels de l’archéologie, la notion de maternité dans ses différentes composantes : biologique, affective, sociale et politique !
Sans chercher à être exhaustive, l’exposition développe plusieurs grandes thématiques, abordant la pluralité du rôle de la mère : le corps maternel, sa compréhension et les tentatives de contrôle de sa fertilité, la puissance de donner la vie. Elle se penche également sur le lien très étroit entre la femme enceinte et la sage-femme ainsi que sur la périnatalité, qu’il s’agisse de la joie des soins au nouveau-né comme du deuil d’un décès prématuré.
L’exposition se conclut par une galerie de portraits de femmes, mères ou non, qui interroge la fonction maternelle, entre importance vitale et subordination sociale, ainsi que la place des femmes dans la société.
« L’histoire des mères et de la maternité est celle d’une transmission, de moins en moins passive, de plus en plus lucide, de plus en plus responsable », nous rappelle Yvonne Knibiehler (1922-2025), historienne et pionnière de l’histoire de la maternité en Occident.
Au commencement était la mère
Que ce soit dans la mythologie grecque ou dans les religions (Déméter, Eve et Marie, Lilith, Cybèle mère des dieux…), la figure maternelle demeure centrale. Toutes les croyances ont cet ancrage identique, dans toutes les civilisations. La mère se trouve au cœur des mythes fondateurs. Elle incarne le symbole même de la fécondité et de la fertilité au sens large.
À l’invitation des commissaires de l’exposition, trois personnalités se sont prêtées à une libre expression autour de La Dame d’Amiens, statuette féminine du Paléolithique (27 000 avant notre ère, Gravettien), découverte en 2019 sur le site d’Amiens-Renancourt, dans la Somme : Prune Nourry, artiste plasticienne, en écho à l’exposition Vénus et au projet de la Gare St Denis Les Vénus dionysiennes (place des femmes dans la société, symbolique de la matière terre) ; Claudine Cohen, paléontologue, philosophe, historienne des sciences, directrice d’études à l’EHESS et membre du Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL) et Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et éthologue.
Si la signification et la fonction des statuettes préhistoriques restent encore énigmatiques, chacune de ces personnalités nous livre ici son récit et sa perception, par le prisme de sa discipline et de sa sensibilité et contribue à un dialogue entre les arts et les sciences.
Le corps maternel : un féminin convoité ?
Si le corps maternel a toujours été l’objet de tentatives de contrôle par la société et la religion, ce sont, au final, les femmes elles-mêmes qui en ont exercé la maîtrise originelle. Gérer la fécondité suppose des rituels, des prières ou des incantations, mais aussi des potions, des élixirs, des onguents.
La grossesse et l’accouchement : une affaire de femmes ?
La grossesse et l’accouchement ont longtemps été une affaire exclusivement féminine, dans laquelle la sage-femme, improvisée ou professionnelle, a joué un rôle central. Cette intimité et ces premiers instants de la nouvelle relation mère-enfant sont largement invisibilisés dans les représentations et les récits.

La publication d’un catalogue avec les éditions 303
Un catalogue prolonge l’expérience de l’exposition en alliant des textes scientifiques, historiques et philosophiques. Les autrices et les auteurs de ces pages y partagent leurs réflexions et leurs recherches. Au-delà d’une vision chronologique de l’histoire des maternités, ce sont autant de « fenêtres ouvertes » sur les époques, les pensées et les traces laissées par la figure maternelle qui sont proposées.
MATERNITÉS, ARCHÉOLOGIE DE LA FIGURE MATERNELLE
Direction scientifique : Cécile de Collasson, Valérie Delattre
Coédition : Le Chronographe, Nantes Métropole
Avril 2026 – 80 pages
Format : 23 x 29 cm
ISBN : 978-2-487296-20-6
15.00 €

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