La tour du Fort scrutée par des archéologues
Le projet porté par la commune de création d’un musée dans la tour du Fort d’Empurany, petit village ardéchois, a été l’occasion d’étudier un pan de l’histoire de l’agglomération, grâce à la prescription du Service régional de l’archéologie de la région Auvergne-Rhône-Alpes. En 2024 et 2025, les archéologues de la société Archeodunum ont, en effet, eu accès aux maçonneries des élévations intérieures et extérieures de la tour, ainsi qu’au sous-sol des rues adjacentes lors de l’installation de réseaux. Les découvertes enrichissent l’histoire de la tour et du village.
La commune d’Empurany a finalisé en 2025–2026 un ambitieux projet de rénovation de son cœur historique, organisé autour d’un ancien fort médiéval. Ce site emblématique, témoigne de plus de 700 ans d’histoire et des différentes seigneuries qui ont marqué le village, notamment les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, ainsi que les familles de Tournon et de Retourtour. Entièrement restaurée, la tour médiévale accueille désormais plusieurs espaces d’exposition, dont deux parcours principaux : l’un consacré à l’histoire locale, retraçant l’évolution du territoire de l’Antiquité à nos jours, et l’autre dédié à l’art sacré, présentant des objets liturgiques témoins du patrimoine religieux de la commune. Aujourd’hui ouvert au public, ce lieu constitue un véritable levier d’attractivité culturelle et touristique pour la commune.


La « tour du Fort »
Un ancien castrum1 est mentionné à Empurany à partir du XIIIe siècle. La tour qui occupe le centre du village, à proximité immédiate de l’église, pourrait avoir appartenu à ce castrum. Il s’agit d’un bâtiment quadrangulaire d’environ 8,5 m de long sur 7 m de large, qui se développe sur près de 10 m de haut. Communément appelée « tour du Fort », cette architecture présente de puissants murs, bâtis en moellons de granite extraits localement.
L’évolution de la tour
L’étude fine des maçonneries a permis de proposer un phasage chronologique de cette tour, depuis sa construction jusqu’à nos jours. Il apparaît que l’édifice a été extrêmement modifié, tant en plan qu’en élévation. Les vestiges de son état initial ne sont conservés que dans son mur est, sur 6 m de haut. À l’origine, la tour, plus vaste, s’étendait vers le sud et l’est. Elle a été dotée d’un contrefort, puis d’un mur taluté qui a, par la suite, été partiellement supprimé. L’intérieur a également été réaménagé à plusieurs reprises, notamment à la fin du XVe siècle pour transformer la tour en lieu d’habitation.



La découverte d’un enduit peint de l’époque moderne
Au premier étage de la tour, les décroûtages réalisés sur les parements intérieurs ont mis au jour un décor peint au-dessus d’une porte. Il représente une fenêtre à petit bois en trompe l’œil, dont l’embrasure est symbolisée par de fins traits noirs marquant la perspective. Ce décor a fait l’objet d’une restauration et sera visible par les visiteurs du musée.


Les traces d’occupation dans le sous-sol
La tour est construite directement sur le substrat rocheux. Celui-ci a conservé quelques traces d’occupations successives dans les rues adjacentes, à l’exemple des fondations des murs des états antérieurs. De plus, un puits circulaire taillé dans la roche a été partiellement dégagé. Son comblement n’a pas été exploré et il demeure délicat d’en proposer une datation. Une canalisation était également conservée en partie. Elle suit le même axe que la rue nord/sud qui longe la tour et devait servir à évacuer les eaux au Moyen Âge et à la période moderne.


Les travaux sont à présent terminés, et un long travail d’analyse des données recueillies sur le terrain est en cours (relevés, photographies, objets, prélèvements, documents d’archive). Tous les résultats seront réunis dans un rapport final abondamment documenté. Les archives et les objets seront remis à l’État, qui en assurera la conservation.
